Et si on démocratisait la notion de santé culturelle au travail ?

C’est encore un impensé de bon nombre de politiques de QVCT. Pourtant, promouvoir l’accès à la culture en entreprise fait partie des leviers sur lesquels s’appuyer pour renforcer le bien-être et la cohésion sociale au travail.
La santé culturelle désigne le fait d’avoir la possibilité d’accéder à des expériences artistiques, culturelles ou intellectuelles qui stimulent l’imaginaire et les émotions. Au travail, favoriser les interactions entre les collaborateurs autour d’artistes, d’objets ou courants culturels représente une véritable opportunité pour les salarié.es et les organisations.

Redonner leur place à la sensibilité et aux émotions au travail

Lia Crespo est chargée de QVCT, médiatrice et référente handicap chez CNP-PS. Elle s’attache à nourrir la démarche en faveur de la santé culturelle initiée par l’entreprise il y a maintenant plusieurs années. Pour elle, ce type d’action présente de nombreux bénéfices à l’échelle de l’entreprise : « Quand on emploie des collaborateurs, on emploie avant tout des personnes qui possèdent leur propre sensibilité, leur histoire, leurs émotions. Si dans le travail, on n’a pas toujours la place de laisser libre court à la sensibilité de chacun, créer des espaces pour laisser les émotions s’épanouir et les alimenter, c’est fondamental ». 

Chez CNP-PS, plusieurs événements ont désormais régulièrement lieu pour permettre à chacune et chacun de déconnecter et de créer du lien entre collègues en participant à des discussions ou à des ateliers créatifs thématiques en groupe. Des « instants relax culture » animés une fois par mois en ligne par des médiateurs culturels autour d’un courant artistique ou d’un artiste, des ateliers de découverte d’écriture de haïku, de courts poèmes japonais en 17 syllabes, en passant par la mise à disposition par le CSE d’une importante bibliothèque regorgeant d’ouvrages variés en libre-service, ce choix d’activités permet de démocratiser l’accès à la culture pour le plus grand nombre au sein de l’entreprise.

Une démarche qui promeut l’égalité d’accès à la culture

Car favoriser la santé culturelle, c’est aussi une manière pour l’entreprise de contribuer à limiter les inégalités sociales et territoriales. Aujourd’hui, l’accès à des expériences ou produits culturels demeure inégal en fonction du niveau social et économique des individus ainsi qu’à leur lieu de résidence.
D’après le ministère de la culture, 70 % des cadres supérieurs vont au théâtre ou au musée au moins une fois par an, contre 20 % des ouvriers. Le rapport 2025 de l’Observatoire des inégalités note, quant à lui, que les 10 % des plus aisés consacrent en moyenne 4 fois plus de budget à la culture (cinéma, théâtre, musée, achats de livres, de films etc.) que les 10 % les plus modestes. 


Aussi, donner accès à toutes et tous à des activités qui stimulent l’imaginaire et la créativité dénote d’une volonté concrète d’agir pour l’égalité au travail. « Nos activités sont ouvertes et adaptées à tous les profils. Dans ces moments-là, la hiérarchie d’entreprise n’a plus lieu d’être, tout le monde se retrouve pour profiter d’un moment de déconnexion, s’amuser et enrichir ses connaissances ou ses compétences artistiques ».
Si aujourd’hui la charge mentale des femmes est un enjeu santé et bien-être de premier plan au sein des entreprises, les dispositifs qui favorisent la santé culturelle permettent de répondre en partie à la problématique : « Nous entendons fournir aux collaboratrices – ainsi qu’aux collaborateurs-, une porte ouverte sur la culture, au sein même du lieu de travail. Ce sont des moments de détente et de déconnexion bienvenus lorsqu’on est pris dans un quotidien fait de nombreuses obligations ». 


Parmi les activités proposées par Lia et ses collègues, on retrouve d’ailleurs également un programme de leadership au féminin : « Ce groupe réunit des collaboratrices pour échanger sur le monde du travail et donner des clés à chacune pour combattre le syndrome de l’impostrice et ouvrir de nouvelles perspectives », ajoute Lia.

Un vecteur précieux de bien-être au travail

Parler culture au travail permet d’affuter sa culture générale, de travailler sa mémoire, de développer sa créativité et d’être stimulé sur le plan cognitif… mais pas seulement : « C’est aussi une manière très efficace de créer du lien social et de renforcer le lien aux autres, explique Lia. Cela vaut pour les entreprises où il y a du télétravail, mais pas seulement. Offrir aux équipes un espace pour discuter et réfléchir différemment et de manière informelle sur des sujets qui n’ont rien à voir avec le travail, cela apaise les émotions et surtout, ça permet de faire connaissance avec de nouvelles personnes. C’est donc un puissant levier pour construire des dynamiques de groupes positives au travail ». 


Au même titre que la santé physique ou mentale, la santé culturelle sera peut-être un jour considérée comme un maillon essentiel d’une bonne qualité de vie au travail. « C’est encore méconnu et sous-exploité mais cela peut évoluer. A notre époque marquée par le besoin de lien avec les autres, ce genre d’initiative pourrait bien se multiplier au cours des prochaines années ». D’après une étude de 2019 de l’OMS, les activités artistiques et culturelles ont des effets mesurables sur la santé mentale : elles réduisent le stress, l’anxiété et le sentiment d’isolement. 


Actuellement, Lia et ses collègues réfléchissent à monter un club de lecture pour encourager les participantes et participants à lire plus, mais surtout échanger ensemble et en groupe sur un ouvrage commun : « On cherche à embarquer les différentes générations dans nos ateliers et la constitution d’un cercle de lecture nous paraît être une piste pertinente. Nous menons une réflexion continue pour rendre la culture ludique et accessible à tout le monde dans notre entreprise ».